mardi 16 juillet 2019
Actualités

Histoire des collections contemporaines – La spoliation des oeuvres sous l’oeil de Raphaël Denis

Les œuvres spoliées de Paul Rosenberg, marchand d’art

L’installation de Raphaël Denis, La loi normale des erreurs : coffre n°7 (2016-2019)est acquise par le Centre Pompidou en 2019. Cette installation rejoint l’espace « Focus » et interroge la notion même de collection.

L’œuvre rend hommage au marchand d’art Paul Rosenberg (1881-1959). Il tenait une place incontournable dans le milieu des galeries parisiennes de la première moitié du 20èmesiècle, et représentait Braque, Picasso, ou encore Matisse. Durant l’Occupation, il est spolié de ce qui reste à Paris de sa collection de peintures, ainsi que des tableaux cachés dans un coffre-fort à Libourne, tandis qu’une autre partie de sa collection est stockée dans une résidence bordelaise. Sa galerie, rue de la Boétie, est occupée et devient l’Institut d’étude des questions juives. Alors que ses appartements parisiens sont réquisitionnés, il se réfugie avec sa famille à New York. Depuis ces événements et encore aujourd’hui, les descendants de Paul Rosenberg ne cessent de suivre les fluctuations du marché de l’art et voient certaines œuvres volées réapparaitre au fil du temps et des ventes, et tentent de reconstituer la collection du marchand.

À travers la série « La loi normale des erreurs », Raphaël Denis prend pour matière l’histoire des collections spoliées. Grâce aux riches recherches documentaires, prennent vie des installations conséquentes en lien direct avec l’histoire. Il interroge la notion de collection : comment nait-elle ? Comment se constitue-t-elle ? Le travail de Raphaël Denis retranscrit les failles et les revers des collections d’œuvres, ici, une collection commerciale, celle du stock d’œuvres du marchand d’art Paul Rosenberg. Le sujet du contenu du coffre est alors apparut comme une évidence : ce-dernier concentre alors l’histoire artistique de sa galerie, rue de la Boétie.

Pour cette installation inédite, Raphaël Denis se base sur l’inventaire érigé par Roganeau. Cet inventaire notifie les œuvres prises par effraction le 28 avril 1941 dans le coffre-fort de la Banque nationale pour le commerce et l’industrie à Libourne. Ingres, Delacroix, Corot, Matisse… figurent dans cette liste. La méticulosité de l’historien de l’art bascule alors au service du pouvoir nazi de vol de tous les biens artistiques appartenant à des juifs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cette installation, 179 paquets sont alignés, accumulés, et accompagnés d’un fascicule décrivant chaque pièce du coffre-fort, enrichi d’une reproduction photographique de l’œuvre spoliée.

Raphaël Denis accompagne son œuvre d’un groupement de 4500 plaques de verre photographiques de la bibliothèque Kandinsky, fonds rescapé des spoliations, présentant toutes les œuvres d’art ayant figuré dans la liste.

Entre patiente reconstruction d’une collection et résultat d’une politique destructrice, la spoliation trouve en Raphaël Denis un savoureux contre pied avec une œuvre d’une intelligence rare et passionnante.

 

 

 

 

***

La collection Francès présente une oeuvre inédite de la série La loi normale des Erreurs. Constituée de 23 cadres anciens, graphite sur bois et huile sur toile, elle évoque le rapport à l’objet “oeuvre” ainsi que sa valeur pécuniaire, sentimentale ou intellectuelle. En retournant ces cadres, dont les dimensions rappellent réellement celles d’oeuvres spoliées, l’artiste inscrit le numéro d’inventaire apposé par l’administration nazie en charge du dépouillement et correspondant à l’oeuvre en question. Ce numéro fait apparaitre l’absence de l’oeuvre et se substitue à elle. Au dos, l’artiste a néanmoins collé la notice de l’oeuvre avec sa photographie et ses informations techniques. L’installation de l’oeuvre rappelle les zones de stockage où étaient accumulées les oeuvres en attente de destruction ou de récupération par de hauts dignitaires nazis. Une oeuvre unique à découvrir sur fondationfrances.com.